Temple de Rennes




Le temple de l’Eglise Réformée de Rennes : Une histoire qui continue à s’écrire.

 

En 1882, un temple reconstruit après les persécutions :

Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il y a des protestants en Bretagne : Renée de France, une des deux filles d’Anne de Bretagne, était protestante ; un des premiers synodes français eut lieu à Vitré en 1583. Mais après les guerres de religion, les « réunions nocturnes des protestants rennais » au temple de Saint-Sulpice la Forêt et les quatre incendies du temple de Cleunay (record de France en son triste genre), le protestantisme en Bretagne connaît une longue parenthèse. On ne retrouve la trace de protestants à Rennes qu’au 19° siècle.

Un culte protestant reprend en 1832 ; il change plusieurs fois d’adresse : rue Le Bastard, rue de la Palestine, rue des Foulons. Après de longues démarches, un poste pastoral est créé. En 1875, le conseil presbytéral achète un terrain, grâce aux collectes et aux souscriptions des paroissiens, le temple est construit. Il est inauguré en 1882.

 

Se réunir pour célébrer :

 

agencement intérieurCe lieu est pensé pour accueillir les célébrations du dimanche. Sa décoration est simple, mais symbolique : une Bible ouverte, une croix nue, une table de communion, une chaire pour le prédicateur. Les protestants sont heureux de se retrouver après les siècles de bannissement.

Cela n’empêche pas la communauté protestante d’accueillir ceux qui sont en souci : par exemple, en 1899, quand la France est encore déchirée par l’affaire Dreyfus, dont le deuxième procès se tient à Rennes, Madame Dreyfus est hébergée dans la famille du pasteur Collet, membre fondateur de la section rennaise de la ligue des droits de l’homme.

 

En avril 1906, le Journal Officiel publie la Déclaration de l’Eglise Réformée Evangélique de Rennes. 22, boulevard de la Liberté, association cultuelle constituée selon la loi du 9 décembre 1905, une loi que Raoul Allier, professeur à la faculté de théologie protestante de Paris, appelait de ses vœux en 1904 dans ces termes : « Si je désire ardemment la séparation des Églises et de l'État, c'est pour qu'elle soit une cause de paix sociale et politique. Elle ne peut l'être qu'à condition d'être réalisée dans la justice et la liberté. »

 

carte postaleUne carte postale de l’époque, postée en octobre 1906, nous montre ce bâtiment, jeune alors d’un quart de siècle : le banc a disparu et les costumes ont évolué, mais l’édifice n’a pas changé.

En 1947, le temple de Rennes reçoit un orgue : bel instrument, fabriqué en Angleterre pour équiper une chapelle britannique en France, chapelle qui entretemps avait été détruite par les bombardements. Cet instrument, et le talent de ses organistes, contribuent aux célébrations en accompagnant les psaumes chantés à pleine voix.

 

Un de ses paroissiens les plus illustres est le philosophe Paul Ricoeur (1913-2005). Il y est venu dès son enfance ; jeune homme il y a tenu l'harmonium ; il s'y est marié ; sa famille a fréquenté ce temple jusqu'à la fin de la guerre, et lui-même y est revenu pour la dernière fois en 2004.

 

 

S’ouvrir pour accueillir :

 

A la fin du vingtième siècle, l’édifice est dans un triste état, l’humidité a rongé les corniches, la toiture n’est plus étanche : il faut protéger l’intérieur par des bassines les jours de forte pluie (FR3 a filmé ces fuites pour illustrer son film « Sacrée laïcité »). Fière de son patrimoine, mais dépassée par son entretien, la petite communauté de Rennes rassemble des fonds. Avec l’aide déterminante de la ville de Rennes, conduite « dans un souci d’équité » par son maire, Edmond Hervé, mais avec aussi les aides des Eglises Réformées de France, de Suisse, les aides du département et de l’état, et les contributions généreuses des paroissiens, les locaux sont rénovés et transformés.

 

Espace Paul RicoeurSalles de réunion, communications pensées pour l’accueil, l’espace Paul Ricoeur permet de vivre plus pleinement notre vocation d’ouverture. En inaugurant en 2008 les locaux réaménagés, le nouveau maire de Rennes, Daniel Delaveau, saluait « ce lieu qui appartient à l'histoire de notre ville, et la nouvelle jeunesse que cette rénovation va lui donner ». Il appelait de ses vœux « la mise en oeuvre de l'héritage protestant, c'est-à-dire une laïcité qui ne soit pas hostile aux religions mais qui ménage un espace public dans lequel les fidèles puissent, chacun selon leur conscience, exercer leur culte sans qu'aucune religion ne s'arroge le droit de définir les règles applicables aux autres ».

 

Au début des années 80, un débat s’était engagé au conseil presbytéral : est-ce que la paroisse de Rennes est là pour les protestants de souche, amenés par les déplacements de la vie, ou par les mutations du monde administratif et enseignant, ou bien est-ce qu’elle doit aussi s’ouvrir à la demande de l’univers chrétien ambiant, très majoritairement catholique à l’époque, qui, dans la ligne de Vatican II (1966) souhaite vivre son œcuménisme localement ? Le conseil avait opté pour cette ouverture et des relations s’étaient nouées, par exemple à Rennes avec l’église Saint-Augustin, et avec l’église orthodoxe. C’était avec le pasteur Gilbert Beaume.

 

Au cours des années 90 le pasteur Yvon Thomas, dans le dialogue et dans l’écoute, met des groupes de l’Eglise Réformée de Rennes en relation avec un mouvement de prière comme les Veilleurs, les amène à des lieux de prière comme l’abbaye de Timadeuc. Au début du XXI° siècle, le pasteur Didier Fiévet va investir son éloquence, dans ce temple et sur les ondes locales et nationales, dans la proclamation du Royaume, évoquant ce « laissez-passer pour la vie » promis dès aujourd’hui à tous. Les mouvements seront accueillis plus nombreux dans les salles de l’espace Paul Ricoeur. Des relations régulières sont entretenues avec les autres communautés protestantes présentes à Rennes. Aujourd’hui le pasteur Olivier Putz, résident à Rennes, et le pasteur Eléonore Léveillé-Belutaud, résidente à Saint-Malo, poursuivent les missions entamées par leurs prédécesseurs et en élargissent le périmètre.

Au cœur de Rennes, au 22 boulevard de la Liberté, - quel symbole ! –, sur l’une des artères les plus passantes de la ville, cet édifice, vieux de presque un siècle et demi, voit se réaliser le rêve secret de ses bâtisseurs : être bientôt trop petit pour accueillir tous ses invités.

Rénovation du templeRénovation du temple